Mardi 24 août 2010
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Mayaka, 22 août 2010
Interactions
L'interruption dans la régularité de mes messages trouve en partie son origine dans le fait que les nombreuses visites reçues depuis avril dernier
m'ont fortement occupé. Je tiens en particulier à remercier Sylvain, Marielle, Pierre-Yves, Stéphanie, Pierre, Sylvie et Jérôme qui ont montré leur intérêt pour le Malawi et m'ont fait la joie de
venir découvrir ce qui fait mon environnement depuis près d'un an et demi. Pour tous ces visiteurs, on trouve une certaine constance dans les activités pratiquées ensemble et tous ont pu
apprécier l'ambiance tranquille et conviviale qui règne à Mayaka et autour de la maison du mzungu. Mais dans le même temps, chacun a su me faire découvrir encore de nouveaux aspects du Malawi.
Merci à vous tous donc !
Dans le même temps Daniel , mon alter ego, collègue et miroir au Malawi, a vu son séjour de quatre ans au Malawi se terminer de façon assez
dramatique. Atteint par un pneumothorax, il a du être évacué en Afrique du Sud pour y subir une opération peu bénigne sur son poumon. Rentré depuis en France, il laisse derrière lui à Mayaka de
très nombreux amis. "Figure locale" s'il en est, outre l'amitié que je lui porte, il reste pour moi un model d'intégration au Malawi : loin de la ville, il a su créer son réseau social à Mayaka
dans une société où il n'est pas si facile d'aller au-delà d'une relation superficielle en tant que mzungu. Parlant chichewa, partageant avec générosité, il a grandement facilité ma propre
intégration à Mayaka, depuis les collègues du projet, jusqu'à l'équipe de foot, en passant par les habitués du bottle store. Je lui dois beaucoup, le remercie encore et lui souhaite une bonne
réadaptation à l'Europe !
Contraste
Car une bonne capacité de réadaptation lui sera certainement nécessaire. Ces trois dernières semaines, j'ai eu la chance de voyager en Italie et au
Canada avec ma compagne Stéphanie. Venant de la campagne du Malawi, le contraste est fort avec l'Italie, mais plus encore avec le Canada. Arrivé à Toronto, au bord du lac Ontario, je dois avouer
que j'ai eu un certain choc en observant cette mégapole, monstre de béton. D'un œil éclaircit par mon séjour malawien, j'ai pu constaté à quel point l'Amérique du Nord (assez comparable de ce
point de vue à l'Europe) est malade de surconsommation. En quelque sorte, tout est plus gros : les gens, les voitures, les buildings, la consommation énergétique, la consommation d'eau… C'est
également une société sclérosée par une multitude de petites règles auxquelles on s'habitue mais qui paraissent bien inutiles et futiles venant du Malawi. Un Malawi pauvre mais plus libre. C'est
ce que j'ai ressenti, me rappelant en cela la fable de la Fontaine : "le loup et le chien".
Il serait injuste cependant de cantonner le Canada à Toronto d'une part, et aux aspects excessifs de la société d'autre part. Au cours de mon
séjour, j'ai pu apprécier le cosmopolitisme et le dynamisme de la ville, tout en prenant des bouffées d'air plus frais dans les îlots de nature aux alentour de Toronto : sur le lac Ontario, aux
chutes de Niagara (avec le délicieux vin de glace) ou encore sur les falaises du Mont Nemo, survolées par les oies sauvages et les aigles.
Le Niyka Plateau et le nord Malawi
Même si le Malawi offre des dimensions tout à fait raisonnables, sa forme très allongée dans l'axe nord-sud rend le voyage long et éreintant si l'on
souhaite en avoir un aperçu plus complet. De fait jusqu'à présent, la majorité des descriptions que je vous ai fournies de ce pays concernent sa moitié sud. Un séjour express de quelques jours
début juillet en compagnie de mon collègue Moses et de mes visiteurs du moment (Stéphanie et Pierre), nous a permis d'avoir un aperçu de la diversité culturelle, de paysages ou encore de densité
de population que recèle ce pays.
Le nord Malawi a une densité de population beaucoup plus faible qu'au sud. Nul besoin de s'en référer aux statistiques, une observation
superficielle suffit : moins de villages, plus d'arbres et de forêts... Quelles sont les raisons de ce contraste ? J'en évoquerais deux :
D'une part la partie sud, qui a une frontière terrestre avec le Mozambique, a connu plusieurs vagues d'immigration en provenance de ce pays, en
particulier au moment où le Mozambique était en proie à la guerre civile. Les camps de réfugiés existent toujours et un certain nombre de mozambicains sont restés au sud Malawi.
D'autre part, d'un point de vue culturel, le sud Malawi est relativement libéral (dans le sens des relations matrimoniales) par rapport au Nord.
Dans la région septentrionale, pour pouvoir se marier à une femme, il convient de la part du futur mari de fournir un nombre considérable de bovidés. Liés par cette dote matérielle, le divorce
des conjoints est très compliqué et pratiquement inexistant. A contrario, séparations et remariages sont beaucoup plus courants au Sud. Ainsi, la mise de fond initiale (pour les vaches) et une
culture beaucoup plus conservatrice (toujours dans le sens des relations matrimoniales) poussent beaucoup de jeunes à aller s'installer dans le sud Malawi, ce d'autant plus s'ils n'ont que peu de
moyens financiers (ou un cheptel limité).
Autre différence de taille entre le sud et le nord Malawi : la langue. Si dans le centre et le sud du Malawi, le chichewa a supplanté toutes les
autres langues locales (même si le chiyao et le chilomwe sont encore bien présents) et est devenu la langue de communication et langue officielle du pays, au contraire dans le nord, le
chithumbuka reste la langue majoritaire et souvent unique. Le chithumbuka est également une langue bantou mais qui n'a pas plus de ressemblance avec le chichewa qu'avec le swahili de la Tanzanie
voisine.
A mon regret, nous n'avons pas eu le temps de pousser l'incursion jusque l'extrême nord du pays (district de Karonga) où des mines d'uranium ont
commencé à être exploitées en 2009. Cela aurait été intéressant de voir comment cela se passe au regard de la situation tristement célèbre du Niger.
Par contre nous avons eu la chance de parcourir le célèbre Nyika Plateau, massif montagneux au paysage inattendu. Il évoque en effet plus les
alpages européens que l'image d'Épinal qu'on a habituellement de l'Afrique : des bosquets d'arbre se hérissent ça et là au milieu de prairies mamelonnées où la température descend au-dessous de
0°C en hiver (soit en juillet, je peux vous le confirmer !). Il est par conséquent saisissant d'y croiser les zèbres, nombreuses antilopes (Roan antilope, impalas…), oiseaux multicolores et même
un ou deux léopards. Si l'entrée du parc est contrôlée par le gouvernement, sa gestion est léguée à une société privée aux pratiques discutables, tant par le prix des prestations (nous étions
encore affamés après un repas à 25US$ !!) que du fait de la gestion environnementale douteuse (les agents du parc mette le feu aux prairies pour faire pousser de l'herbe verte afin que les
touristes voient mieux les animaux…). Belle expérience néanmoins !