Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 20:11

Tiré de l'experience personnelle ainsi qu'à travers une recherche documentaire et un travail coopératif, le dossier

Malawi : « révolution verte » et souveraineté alimentaire, quel avenir ?

est publié sur le site de RITIMO :

http://www.ritimo.org/dossiers_pays/afrique/malawi/malawi_intro.html

 

Une version différente, plus longue et plus sous le format d'un retour d'expérience est aussi disponible sur le site dph :

http://base.d-p-h.info/fr/dossiers/dossier-2676.html

 

Bonne lecture !

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Mardi 16 novembre 2010 2 16 /11 /Nov /2010 20:45

Lilongwe, 16 novembre 2010

 

Chers tous,

Me voici à la fin de mon séjour malawien. 21 mois d'expérience africaine. Expérience qui m'a ouvert de nombreuses portes dans ma compréhension et mon usage du monde. J'y ai découvert une tranquillité, un accueil et des sourires. J'y ai aussi appréhendé une liberté d'action, une connaissance du monde rural et une autonomie (ou indépendance) dans la vie de tous les jours. Le Malawi n'est pas, loin s'en faut, le seul pays où l'on puisse le vivre, mais c'est l'expérience formidable dont j'ai pu bénéficier. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de bonheur à la partager avec tous ceux qui m’ont rendu visite, jusqu’a ces derniers jours. Merci donc en particulier à Olivier et Claire, Marielle et Pierre-Yves, Sylvain, Pierre, Sylvie et Jérôme, Stephanie et Odile et Bernard !

Résumer mes impressions finales du Malawi en quelques lignes est un peu une gajeure. Mais voici quelques analyses, partiales et partielles pour mettre un point final aux carnets du Malawi alors que je m’envole pour la France ce jeudi.

Le Malawi est un pays pauvre certes, selon les critères dont on nous abreuve habituellement. Mais dans le même temps, c'est un pays qui sait se débrouiller malgré une aide sociale limitée, à la condition – essentielle – que la stabilité et la paix soient là. C'est sans doute une des clefs pour supporter la mondialisation si l'on considère non pas la mondialisation des mouvements sociaux (Forum Social Mondial et autres mouvements qui cherchent des modes de gouvernance au service des citoyens) mais bien celle dont les mécanismes sont, de la part du Nord :
- à l'étranger : libéralisation économique forcée, par la violence si nécessaire ;
- et au Nord : politique économique supportée par l'Etat, combinée à des efforts massifs, dévoués et soutenus pour miner la résistance au dictat des sociétés multinationales hors de contrôle citoyen ; ces sociétés étant protégées par un Etat dont elles sont largement les maîtres. Avec toujours ce leitmotiv : mutualisation des crises et des pertes, privatisation des profits.

Je disais donc que le Malawi offre un cadre de résistance intéressant à cet ordre mondial imposé. Il y a néanmoins des limites à cela. Si le gouvernement malawien a su passer outre les recommandations de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International pour finalement subventionner son agriculture (comme le font d'ailleurs les Etats-Unis ou la France) cela s'est néanmoins accompagné de l'introduction de des multinationales en question, en l'occurrence celles de l'agro-alimentaire, avec la figure de proue Monsanto et son équivalant Pioneer. Cette politique de l'Etat malawien a eu un impact probablement positif (à court terme du moins) dans la lutte contre la faim. Dans le même temps, si les paysans malawiens sont encore très autonomes, ce qui force mon admiration, ils sont confrontés à des efforts persistants pour les rendre dépendants de notre système mondialisé, particulièrement via la nature des semences et intrants agricoles (semences hybrides stériles...).

Au sujet des interdépendances, la question du tabac est intéressante. Source de devise pour le pays, son exportation se trouve confrontée à la question morale des conséquences finales de sa consommation, fortement létales en terme de santé publique mondiale (que ce soit au Nord comme au Sud). Dans le même temps, cette production qui était jusque dans les années 1990 fortement dominée par les plantations des grosses sociétés, est aujourd'hui largement co-alimentée par une production d'échelle familiale. A moins de trouver une culture de rente alternative viable, l'idée de proscrire aujourd’hui la production de tabac au Malawi pour des raisons de santé publique est ainsi discutable.
Pour l'instant, le Malawi ne constitue pas une cible stratégique importante pour les pays occidentaux d’un point de vue militaire, comme c'est par contre le cas de l'Amérique Latine qui voit s'installer des bases militaires américaines (en Colombie) au nom de la lutte contre le narco-terrorisme. La situation est très différente au Malawi en partie parce-que que les principaux agents de distribution du tabac sont les grandes compagnies occidentales (états-uniennes essentiellement) amies de nos gouvernements. Tant mieux pour les petits pays malawiens, même s'ils ne retirent qu'une petite partie des profits de ces grosses compagnies tabatières.

Quoi qu'il en soit, la lutte contre la pauvreté et ses corollaires (manque d'accès aux services de santé, manque d'accès aux services d'éducation) est une réalité au Malawi. Malgré un manque criant de moyens, des progrès sont enregistrés que ce soit dans le domaine direct de la santé (lutte contre le paludisme ou la malnutrition en particulier) ou indirect de l'accès à l'eau et à l'assainissement. Quoique toujours très dépendante des aléas climatiques (en particulier), cette évolution positive est rendue notamment possible par une stabilité sociale et politique exceptionnelle dans la région. Ainsi, quand on s'intéresse réellement au devenir des citoyens, point besoin d'agiter l'épouvantail de la peur via un discours sécuritaire ou au déploiement de forces de l'ordre et de caméras de surveillance. Il importe surtout d'assurer une libre circulation des personnes tout en bannissant celle des armes…

On pourrait arguer que le climat social au Malawi n'est pas rose pour tout le monde ; que ce soit pour la situation des femmes ou celles des homosexuels. Néanmoins, nos sociétés occidentales, si promptes à critiquer ces situations, ne sont pas en reste quand il s'agit d'appliquer une répression inique à d'autres populations dont elles ne savent que faire. Je pense ici particulièrement aux immigrés (y compris les réfugiés politiques), aux Roms et autres gens du voyage…

Venons en à ce qui m'a plus particulièrement concerné : le travail dans une ONG sur un projet de développement communautaire spécialement axé sur la lute contre la mortalité liée aux maladies diarrhéiques via la promotion à l'hygiène, l'accès à l'eau potable et l'assainissement. Comme toute action, il faut la placer dans son contexte :
Le Malawi est un pays qui tente de faire quelque chose à la mesure de ses moyens, mais qui en manque cruellement. Un pays qui reçoit une aide multiforme de la part de multiples organisations institutionnelles ou non gouvernementales internationales.

La multitude des acteurs aux motivations diverses comporte plusieurs dangers.
D'une part le risque de voir agir des organisations disons… néfastes : à savoir qu'elles ne se posent pas la question des besoins réels, qu'elles distribuent gratuitement n'importe quoi "pourrissant" les communautés et qu'elles ne se posent pas non plus la question de la durabilité de leurs actions.
D'autre part le risque d'avoir trop d'acteurs sur la même zone qui, au lieu de travailler ensemble, se prêtent à une sorte de compétition "au plus offrant", pourrissant là aussi les villageois.
Enfin le risque que, via un assistanat orienté, on tue les initiatives communautaires – intentionnellement ou non.

J'ai eu de la chance sur mon projet. D'une part du fait qu'il s'agissait d'actions s'inscrivant sur du long terme (les premières actions sur la zone ont démarré au début des années 1990). D'autre part parce qu'il y avait jusque récemment peu d'autres ONG et que les relations et la coopération avec les agents du gouvernement étaient bonnes. En impliquant ces derniers le plus possible, en participant à leur formation et en partageant les informations, il y a de bonnes chances qu'ils puissent continuer à suivre sur du long terme les actions entreprises dans les villages. La participation des villageois, mot clef des actions du projet, reste par ailleurs l'élément fondamental permettant d'espérer une durabilité des actions. A titre personnel j'ai particulièrement apprécié la grande liberté d'action et d'initiatives qu'on m'offrait. Tout cela est donc particulièrement positif.
Il y a des des critiques à faire évidemment. Sans rentrer dans les détails, un des points principaux que je retiendrais, mais qui n'est pas propre à mon organisation, est que l'on pousse toujours beaucoup trop à financer des projets qui donnent la part belle aux dépenses matérielles : c'est tellement plus pratique pour les bailleurs de payer la construction de forages ou de dalles de latrines en béton que de payer des travailleurs sociaux.
Ainsi, sur mon projet je considère qu'il y aurait tout à fait la possibilité d'avoir une action encore plus efficace en terme d'hygiène et d'assainissement via plus de formation, plus de ressources humaines et plus de monitoring que via la constructions de milliers de dalles de latrines en béton, certes durables mais non reproductibles car inabordables pour la plupart des villageois.
C'est une culture du dur et du visible qui a la cote chez tous les bailleurs et qui, si on pousse un peu plus loin, permet de maintenir des populations dans un état d'assistanat au lieu de réaliser une véritable coopération pour appuyer leurs initiatives et la recherche de solutions locales avec des matériaux locaux.

Au final, la coopération peut fonctionner et il y a de nombreux exemples pour en témoigner. Mais, dans d'autres cas, cela peut être de la part des bailleurs de fonds occidentaux une façon de se donner au mieux bonne conscience, au pire de miner un développement autonome alternatif.

Ne vous détrompez pas, je reste personnellement tout à fait positif sur mon projet. Il ne tombe en effet pas dans l'excès des défauts soulevés plus haut. Malheureusement le projet est aujourd’hui à court de financement, et cela m’attriste pour mes collègues et amis, ainsi que pour les communautées que j’ai eu beaucoup de plaisir à cotoyer.

L'aide au développement vers les pays du Sud est un impératif délicat qu'il convient d'appliquer avec précaution. Et cela ne doit pas empêcher les pays riches de prendre leurs responsabilités par ailleurs, en particulier via l'annulation de la dette "odieuse" des pays pauvres. Les citoyens du Nord pâtissent aussi du système en cours. Le transformer est un impératif pour tous… sauf pour les plus riches.

Mais, chers lecteurs réguliers et assidus de mes carnets du Malawi, je vous prie d'en retenir aussi la part de rêve et d'exotisme, les petits détails et les petites histoires qui font ce que sont les gens et les lieux ici. Au-delà des idées et des controverses, ce sont eux qui m'accompagneront dans mes prochaines pérégrinations. Merci à tous, amis du Malawi, de France et d'ailleurs ! Et bon fil de l’eau à Thomas, mon remplaçant !

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Dimanche 17 octobre 2010 7 17 /10 /Oct /2010 23:36

Mayaka, 13 octobre 2010

Privés de terre

Discernement
En saison sèche, circulant à travers le
Sud Malawi, le visiteur novice a bien du mal a différencier les champs, les espaces de jachères, les zones forestières clairsemées, les villages mêmes. L'habitat dispersé trouble l'analyse. Mais un regard attentif donne au visiteur une idée de ce qui est une des pièces maîtresses de la géographie locale : tout l'espace est optimisé, chaque bout de terrain a sa fonction, son utilité.
Poussant plus loin son parcours de l'espace rural, l'observateur commence à noter de subtiles différences selon les endroits. Ainsi, telle colline est boisée, telle autre ne l'est pas ; tel champ semble minuscule, tel autre s'étend sur une surface très importante ; ce fond de vallée sert aux pâturages, celui-là est cultivé et irrigué ; ce champ est cultivé à la houe, tel autre à l'aide d'un tracteur ; un paysan fait 200 allers-retours avec son arrosoir alors que plus loin, des plans de cafés sont irrigués avec un système de micro-goutes ; ici des poulets locaux déambulent librement alors qu'un peu plus loin un immense hangar éclairé abrite des milliers de poulets en batterie.…
Grands champs, tracteur, plantation de café irrigué, poulets en batterie… Sommes-nous vraiment au pays des petits paysans et de la culture vivrière ?
Et bien oui. Mais le Malawi c'est aussi les "estates" ces grandes plantations appartenant à un riche entrepreneur et où travaillent quelques ouvriers agricoles. Autour de Mayaka, ces plantations occupent un espace non négligeable, où la monoculture du maïs reste de mise. Une plantation de café est aussi présente, de même que l'élevage de poulet.
Pendant ce temps beaucoup de familles vivent avec moins d'un hectare de terrain à cultiver dans un contexte de forte densité de population rurale (plus de 330 hab./km²).

L'histoire
Ces disparités dans la distribution des terres ne sont pas indépendantes de l'histoire politique du Malawi.
A l'indépendance au milieu des années 1960, le gouvernement Banda a hérité d’une structure agricole divisée entre les domaines commerciaux qui dominaient la production de tabac, thé, sucre, etc., et les petites exploitations axées sur les cultures vivrières. Sans réellement modifier les formes coloniales du pouvoir, la politique gouvernementale a continué à favoriser les exportateurs et les réformes foncières n’ont fait qu’encourager davantage l’expansion des domaines sur les terres communales, transformant les occupants de droit en locataires et créant une nouvelle classe de gens sans terres. Des paysans ont été chassés de leurs terres par l’État pour faire place à des réserves naturelles et autres “zones protégées” qui ont surtout servi à promouvoir le tourisme. Entre 1967 et 1994, plus d’un million d’hectares occupés par des communautés locales selon le droit coutumier sont passés sous le contrôle de l’État et des propriétaires de grands domaines.
Parallèlement, la zone où je réside a connu plusieurs épisodes d'immigration depuis le Mozambique (avec notamment la population Lomwe) augmentant encore la densité de population et la rareté des terres pour certains.

Insécurité alimentaire
Le degré élevé de dépendance à
la monoculture du maïs pluvial, la diminution de la fertilité des sols du fait del'utilisation d'engrais inorganiques, la déforestation et la diminution de la propriété foncière expliquent en partie que la population souffre d'un degré élevé d’insécurité alimentaire. En période de soudure, nombreux sont ceux quin’atteignent pas le minimum calorique journalier requis. Mais malgré tout des stratégies sont mises en place par les paysans pour stabiliser si ce n'est améliorer leur situation.

L'occupation des moins bonnes terres, où l'eau est absente
Les zones les moins fertiles, ou les plus dures à cultiver, ou celles avec l'eau la plus inaccessible n'étaient pas habitées il y a encore un siècle. Aujourd'hui beaucoup de villages s'y sont installés, comme vers Sunuzi au sud-est de Mayaka, dépendant des quelques forages existants (et insuffisants) pour s'alimenter en eau. La nappe y est trop profonde pour y creuser un puits manuellement et les rivières sont à sec une bonne partie de l'année. La vie n'y est pas facile, mais ce n'est pas là que l'on trouve les "estates". Ces derniers se sont fixés là où se trouvent les meilleures terres, plus à l'ouest.

Les associations culturales
Cette compétition sur les terres, couplée à
l’augmentation de la population pousse les agriculteurs à rechercher plus de moyens de subsistance. Ainsi, comme l'ont montré plusieurs diagnostics fait par ici, ils réduisent à un an puis suppriment totalement les jachères. On assiste alors à une rotation maïs/tabac. Pour faire face, indépendamment des programmes de soutien gouvernementaux, les paysans ne disposant que d’une petite surface multiplient les associations culturales, comprenant au moins quatre cultures et jusqu’à neuf dans certaines parcelles aujourd’hui !

Le ganyu
Plus près de la frontière mozambicaine à 30 km de Mayaka vers l'est (vers le district de Phalombe) ceux qui n'arrivent pas à survivre avec leur bout de champ, vont travailler au Mozambique moins peuplé et en déficit de main d'œuvre. Cette vente de main d'œuvre s'appelle ici le ganyu. Après quelques temps de ganyu, le salaire est généralement obtenu sous la forme d'un sac de maïs de 50kg, transporté à vélo. S'il le faut, plusieurs périodes de ganyu sont enchaînées (et donc plusieurs allers-retours avec 50 kg de maïs sur le porte-bagages du vélo). Dans la population, les premiers concernés par le ganyu sont souvent les jeunes couples qui n'ont pas (ou pas encore) hérités des terres de leurs parents.

Une révolution verte
J'ai déjà longuement parlé des programmes de subvention aux intrants agricole de la part du gouvernement malawien actuel. Ils ont eu leur effet, bénéfique ici autour de Mayaka comme ailleurs au Malawi dans la réduction de l'insécurité alimentaire.
Mais là encore, un petit retour historique nous montre que ce genre de stratégie n'est pas nouveau dans l'histoire du pays : depuis 1970, au moins une dizaine de programmes de subvention ont été mis en œuvre. Ce qui n'a pas empêché les famines accentuées lors des périodes de catastrophes naturelles (sécheresses, inondations).
Pour certains "sans terre", la révolution verte malawienne a un goût amer. Tous les engrais et semences du monde ne font guère de différence pour ceux qui n’ont pas suffisamment de terre pour couvrir les besoins alimentaires de leur famille. La solution durable au problème pourrait être ailleurs alors qu'au sud du Malawi, le petit producteur cultive en moyenne moins d’un demi hectare…

Une distribution inéquitable des terres.
Selon l'organisation GRAIN, de nos jours, seuls le Brésil et la Namibie sont encore plus inéquitables dans la distribution de leurs terres que le Malawi. Aujourd’hui la moitié des terres arables du Malawi (14 millions d'habitants) serait répartie entre quelque 30 000 domaines de 10 à 500 hectares. Là où j'ai l'habitude de crapahuter, au pied du Mulanje, j'ai pu moi-même me rendre compte de la taille immense de "l'estate" des Muli Brothers. Les Muli Brothers amis du président Bingu, forment d'ailleurs une tentacule à travers tout le Malawi et sont présents dans la plupart des secteurs d'activité dont principalement l'agriculture.

Accaparement des terres
Cette distribution inéquitable est encore accentuée par un phénomène de concentration des exploitations sous le regard bienveillant du gouvernement et des bailleurs de fonds internationaux.
Un nombre de plus en plus important des grandes fermes malawiennes finit entre les mains d’étrangers. Pour ne citer que quelques exemples :
En 2009,  le gouvernement de Djibouti  a signé avec le gouvernement malawien un accord concernant la concession de 55 000 hectares de terres irriguées.
La Chine est en train de négocier une surface similaire.
Le fonds agricole britannique CRU Investment Management a récemment acheté un domaine de 2000 hectares au Malawi pour y produire des poivrons et autres récoltes destinées à l’exportation vers l’Europe.
Une autre société britannique, Lonhro, affirme être en train de négocier un accord qui couvrirait des dizaines de milliers d’hectares le long du Lac Malawi pour y planter du riz.
L’industrie du sucre est elle aussi en expansion : Des villageois de la province de Chikwawa ont récemment été chassés de leurs terres, sans compensation, par la compagnie sucrière ILOVO, une filiale d’Associated British Foods.

Pour y faire quoi ?
Je rebondi sur l'exemple d'ILOVO dont les pratiques d'expropriation des terres sont reportées par plusieurs sources (l'associations GRAIN, l'association Oxfam France) qui citent des témoins. Certains diront qu'il n'est pas forcément mal de développer une industrie agricole celle-ci employant toujours des ouvriers et créant à la fois de l'emploi et des sources de devises pour le Malawi via les exportations de sucre.
On trouve même du sucre ILOVO "équitable" en Europe comme plusieurs personnes me l'on rapporté.
Mais cela cache certains problèmes, notamment celui de l'utilisation des terres arables pour la production des agrocarburants. C'est le cas avec ILOVO au Malawi. Ainsi, le foreur avec qui j'ai eu affaire cette année pour mon projet fonctionnait avec de l'agrocarburant ILOVO… Dans un contexte comme le Malawi, nourrir les moteurs avant les ventres me pose tout de même question…
Ce n'est pas propre au Malawi dans la sous région. Non loin, au Mozambique, le groupe sucrier Tereos a reçu une concession de 100000 ha récemment, donc 15000 sont déjà plantés en canne à sucre.

Sources
Ne m'en veuillez pas, l'analyse ici n'est guère détaillée, est principalement le fruit de mes observations et n'est enrichie que de quelques lectures. C'est loin d'être le travail scientifique et journalistique que mériterait le sujet. Alors pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, à défaut de venir constater sur place la situation, je vous recommande ces quelques liens internet :

GRAIN - Révolution verte au Malawi : les dessous du “miracle” :
http://www.grain.org/seedling/?id=674

OXFAM France / AVSF – "Privés de terre, privés d'avenir"
http://www.privesdeterre.org/petition

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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 13:07

Mayaka, 19 septembre 2010

Initiations et femmes
La fin du mois d'août est une période de rites initiatiques pour les jeunes filles. Dans chaque village, sur plusieurs jours, les jeunes filles de 8, 9 ans jusqu'à 14-15 ans sont isolées de leur famille et suivent une série d'initiations menées par les personnes qualifiées (des femmes plus âgées). Sans savoir les détails de ce qui se discute et se fait, j'ai pu entendre les percussions qui rythment les rites de jour comme de nuit. Apparemment, plusieurs thèmes sont abordés selon l'âge. Les plus âgées discutent sexualité et toutes des rôles et taches attribuées aux femmes. Il ne s'agit pas d'excision.

La société malawienne est une société où rôles et responsabilités sont encore très différenciés entre hommes et femmes, particulièrement en zone rurale. Si les travaux agricoles ou la vente sur les marchés sont partagés entre hommes et femmes, les taches ménagères elles, sont encore essentiellement l'apanage des femmes. On peut citer en particulier les corvées d'eau, les corvées de bois, le ménage, la lessive, le soin des jeunes enfants et la cuisine. Particulièrement dans la région sud, plus libérale d'un point de vue matrimonial, les mères isolées ne sont pas rares. Et la vie n'est pas facile pour elles. Pour autant, les femmes ont du pouvoir, en particulier foncier, et il n'est pas rare de rencontrer une femme chef, même si cette responsabilité est majoritairement masculine.
Mais il faut reconnaître que les femmes malawienne sont incroyablement fortes pour supporter toutes les taches qui leur incombent. Et elles y acquièrent une technique et une force remarquable, comme pour porter l'eau (20, 30, 35 L) tous les jours sur la tête, généralement sur plusieurs centaines de mètres, sans perdre une goutte. Tâche non aisée, croyez moi, pour l'avoir testée !

Rites funéraires
Au-delà des célébrations religieuses chrétiennes ou musulmanes, d'autres rites funéraires ancestraux sont toujours pratiqués. Tel celui-ci : à la mort de la personne, sa famille rassemble ses objets vraiment personnels et les brûlent sur un monticule de pierre à l'extérieur de l'enclos familiale (mais non loin). Le temps passant, l'autel improvisé est maintenu et nettoyé. Je n'ai pas investigué pour savoir s'il y a des exemples d'acculturation dans le domaine et si l'on trouve ces autels parfois surmontés d'une croix, mais c'est tout à fait possible.


Exode rural, migrations et retour
Alors que la majorité de la population mondiale vit aujourd'hui dans les villes (ou les bidonvilles), au Malawi l'exode rural permanant reste relativement faible. Certes les grandes villes grossissent, mais à un rythme qui n'a rien à voir avec beaucoup des capitales des autres pays africains. Aujourd'hui encore, près de 80% de la population malawienne vit en zone rurale. Parmi les causes de ce relativement faible exode rural citons les loyers hors de prix près des centres d'activité des villes ainsi que la culture paysanne soutenue toujours activement par l'Etat.

Cela étant, dans le sud du Malawi en particulier, les migrations pour quelques semaines, quelques mois ou quelques années sont courantes. Il y a bien sûr le "ganyu", lorsque les hommes partent plusieurs semaines travailler dans les exploitations des plus riches, que ce soit au Mozambique ou au Malawi. Mais il y a aussi d'autres familles qui émigrent quelques temps dans une autre région ou à la ville. Il n'est pas rare ensuite qu'elles reviennent au village, sans forcément être devenues plus riches et qu'elles aient alors à reconstruire leur maison laissée à l'abandon pendant le temps où elles étaient parties.
On peut considérer les dynamiques de peuplement à une échelle plus fine. Sans être de vraies villes, des localités comme Mayaka comportent déjà plusieurs milliers d'habitants. Malgré la forte densité de population, ce ne sont pas des villes dans la mesure où l'habitat reste éclaté et avec la plupart des familles qui cultivent au moins un bout de champ. Il n'y a pas non plus de services centralisés de type assainissement ou accès à l'eau. Malgré tout ce sont des centres rassemblant un certain nombre de facilités (électricité, marché, centre de santé, école, commerces, boites postales, station essence artisanale, artisans (soudeurs, menuisiers et réparateurs en tous genres). Et cela attire. Ainsi Mayaka grossi à vue d'œil. Les propriétaires de parcelles jouxtant le centre de Mayaka n'arrêtent pas de construire pour louer aux nouveaux arrivants ou accueillir de la famille plus éloignée. Mon voisinage se construit et entre chez moi et le bureau, d'immenses fours à brique ont fonctionné à plein régime ces dernières semaines. La fabrication des briques est artisanale : une parcelle de champ est décapée, la terre partiellement argileuse est malaxée dans l'eau puisée à la rivière, puis les briques sont moulées dans de petits moules en bois et mises à sécher au soleil. Les briques séchées sont ensuite empilées en une ou moins longue travée selon la quantité. Perpendiculairement à la travée, de petits tunnels sont conservés à la base. Une fois les briques recouvertes d'une couche supplémentaire de sol, des troncs d'arbres insérés dans les tunnels alimentent un feu nourri pendant au moins 24 heures. Si le nombre de brique est important (10000 ou plus) cela mobilise beaucoup de monde. Lors de la cuisson, les participants boivent, chantent et jouent de la musique toute la nuit pour se tenir éveillé et alimenter le feu.

Feux
Les feux sont partout en cette saison sèche : pour cuisiner comme d'habitude, pour cuire les briques ou pour brûler les résidus de culture. Mais ce n'est malheureusement pas tout. Les chasseurs de souris (qu'on nous propose grillées en brochettes) ou la négligence allument moult incendies de brousse qui se propagent bien souvent sur les collines et les montagnes. Le problème n'est pas anodin et participe activement à la déforestation. En effet si les grands arbres résistent tant bien que mal, les jeunes pousses par contre n'ont guère de chance de survivre. Même si globalement on voit ce genre d'incendies partout, certains villageois ou certains villages ont conscience du problème. Outre les initiatives individuelles pour réaliser des coupe-feux en débroussaillant, la question du droit foncier au niveau des collines est aussi importante. S'ils sont maîtres de la gestion forestière, il semble que les villageois aient tendance à mieux protéger leur ressource.


Infrastructures
Des logiques contradictoires s'observent pour les infrastructures, en particulier routières. Alors que certains programmes de l'Etat mobilisent à faible coût des centaines de villageois pour bricoler des pistes à peu près carrossables, d'un autre côté les plus gros investissements se font pour les routes goudronnées déjà existantes. Ainsi, les travaux pour élargir le tronçon Zomba-Blantyre, loin d'être engorgé (je n'y ai jamais vu d'embouteillage), ont commencé. Et la première étape a consisté à exproprier les occupants des maisons trop proches puis à couper beaucoup des magnifiques arbres centenaires de Zomba. Les gens disent, probablement à juste titre, que ça ne sert qu'à ce que ces messieurs les ministres puissent rouler plus vite et avec moins de bosses. Alors que pendant ce temps d'autres axes vitaux en piste deviennent vite impraticables en saison des pluies…


Mariage
Depuis mon arrivée au Malawi, déjà trois personnes de mon équipe ont célébré leur mariage et m'ont invité à la fête ! A l'instar de ce qui se passe en France, chaque mariage a ses spécificités propres aux mariés (ou à leurs familles), mais aussi des constantes.

Parmi les spécificités notons la partie religieuse fortement dépendante non seulement de la religion, mais également de la mouvance (en particulier pour les chrétiens). Ou encore l'origine et l'ethnie des mariés avec la présence de certains habits, danses ou musiques spécifiques.
Et parmi les constantes, le repas offert aux convives et les animations après la cérémonie religieuse. Ces animations sont conduites par un "maître de cérémonie", généralement fort loquace, équipé d'un micro et d'une liste des amis ou de la famille susceptibles de procéder à une donation pour les mariés.
Au rythme de tubes de musique Zambienne (très prisée au Malawi), chaque groupe de personnes (famille, amis, collègues de travail, voisins…) est invité tour à tour à venir danser et jeter ostensiblement dans une corbeille de petites coupures de monnaie devant l'assistance et les mariés. Entre chaque tour les billets sont rassemblés et comptés par un petit comité très organisé. Finalement, ce qui chez en France se fait de façon intime ou confidentielle, est au Malawi affiché de façon ostentatoire. Evidemment, en tant que mzungu j'ai à chaque fois été très attendu pour cette prestation, tant pour le fait que cela donne de la fierté aux mariés d'avoir un convive mzungu, que pour ma capacité à leur donner de l'argent. Et la première fois, j'avoue n'avoir pas été très à l'aise au moment de distribuer l'argent !
Pour le troisième mariage, avec mon employée et les habitués de ma maison, nous avions décidé de composer et répéter des danses et chants en chichewa. Parmi ceux d'entre vous qui connaissent mes talents dans ce domaine, il y a de quoi rire bien sûr ! Malgré tout je me suis volontiers prêté au jeu et le jour J ai pu amuser les quelques centaines de personnes rassemblées. Il semblerait que l'assistance ait fortement apprécié quoi qu'il en soit de la qualité musicale !

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Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /Août /2010 23:15

Mayaka, 22 août 2010

 

Interactions

L'interruption dans la régularité de mes messages trouve en partie son origine dans le fait que les nombreuses visites reçues depuis avril dernier m'ont fortement occupé. Je tiens en particulier à remercier Sylvain, Marielle, Pierre-Yves, Stéphanie, Pierre, Sylvie et Jérôme qui ont montré leur intérêt pour le Malawi et m'ont fait la joie de venir découvrir ce qui fait mon environnement depuis près d'un an et demi. Pour tous ces visiteurs, on trouve une certaine constance dans les activités pratiquées ensemble et tous ont pu apprécier l'ambiance tranquille et conviviale qui règne à Mayaka et autour de la maison du mzungu. Mais dans le même temps, chacun a su me faire découvrir encore de nouveaux aspects du Malawi. Merci à vous tous donc !

Dans le même temps Daniel , mon alter ego, collègue et miroir au Malawi, a vu son séjour de quatre ans au Malawi se terminer de façon assez dramatique. Atteint par un pneumothorax, il a du être évacué en Afrique du Sud pour y subir une opération peu bénigne sur son poumon. Rentré depuis en France, il laisse derrière lui à Mayaka de très nombreux amis. "Figure locale" s'il en est, outre l'amitié que je lui porte, il reste pour moi un model d'intégration au Malawi : loin de la ville, il a su créer son réseau social à Mayaka dans une société où il n'est pas si facile d'aller au-delà d'une relation superficielle en tant que mzungu. Parlant chichewa, partageant avec générosité, il a grandement facilité ma propre intégration à Mayaka, depuis les collègues du projet, jusqu'à l'équipe de foot, en passant par les habitués du bottle store. Je lui dois beaucoup, le remercie encore et lui souhaite une bonne réadaptation à l'Europe !

 

Contraste

Car une bonne capacité de réadaptation lui sera certainement nécessaire. Ces trois dernières semaines, j'ai eu la chance de voyager en Italie et au Canada avec ma compagne Stéphanie. Venant de la campagne du Malawi, le contraste est fort avec l'Italie, mais plus encore avec le Canada. Arrivé à Toronto, au bord du lac Ontario, je dois avouer que j'ai eu un certain choc en observant cette mégapole, monstre de béton. D'un œil éclaircit par mon séjour malawien, j'ai pu constaté à quel point l'Amérique du Nord (assez comparable de ce point de vue à l'Europe) est malade de surconsommation. En quelque sorte, tout est plus gros : les gens, les voitures, les buildings, la consommation énergétique, la consommation d'eau… C'est également une société sclérosée par une multitude de petites règles auxquelles on s'habitue mais qui paraissent bien inutiles et futiles venant du Malawi. Un Malawi pauvre mais plus libre. C'est ce que j'ai ressenti, me rappelant en cela la fable de la Fontaine : "le loup et le chien".

Il serait injuste cependant de cantonner le Canada à Toronto d'une part, et aux aspects excessifs de la société d'autre part. Au cours de mon séjour, j'ai pu apprécier le cosmopolitisme et le dynamisme de la ville, tout en prenant des bouffées d'air plus frais dans les îlots de nature aux alentour de Toronto : sur le lac Ontario, aux chutes de Niagara (avec le délicieux vin de glace) ou encore sur les falaises du Mont Nemo, survolées par les oies sauvages et les aigles.

 

Le Niyka Plateau et le nord Malawi

Même si le Malawi offre des dimensions tout à fait raisonnables, sa forme très allongée dans l'axe nord-sud rend le voyage long et éreintant si l'on souhaite en avoir un aperçu plus complet. De fait jusqu'à présent, la majorité des descriptions que je vous ai fournies de ce pays concernent sa moitié sud. Un séjour express de quelques jours début juillet en compagnie de mon collègue Moses et de mes visiteurs du moment (Stéphanie et Pierre), nous a permis d'avoir un aperçu de la diversité culturelle, de paysages ou encore de densité de population que recèle ce pays.

Le nord Malawi a une densité de population beaucoup plus faible qu'au sud. Nul besoin de s'en référer aux statistiques, une observation superficielle suffit : moins de villages, plus d'arbres et de forêts... Quelles sont les raisons de ce contraste ? J'en évoquerais deux :

D'une part la partie sud, qui a une frontière terrestre avec le Mozambique, a connu plusieurs vagues d'immigration en provenance de ce pays, en particulier au moment où le Mozambique était en proie à la guerre civile. Les camps de réfugiés existent toujours et un certain nombre de mozambicains sont restés au sud Malawi.

D'autre part, d'un point de vue culturel, le sud Malawi est relativement libéral (dans le sens des relations matrimoniales) par rapport au Nord. Dans la région septentrionale, pour pouvoir se marier à une femme, il convient de la part du futur mari de fournir un nombre considérable de bovidés. Liés par cette dote matérielle, le divorce des conjoints est très compliqué et pratiquement inexistant. A contrario, séparations et remariages sont beaucoup plus courants au Sud. Ainsi, la mise de fond initiale (pour les vaches) et une culture beaucoup plus conservatrice (toujours dans le sens des relations matrimoniales) poussent beaucoup de jeunes à aller s'installer dans le sud Malawi, ce d'autant plus s'ils n'ont que peu de moyens financiers (ou un cheptel limité).

Autre différence de taille entre le sud et le nord Malawi : la langue. Si dans le centre et le sud du Malawi, le chichewa a supplanté toutes les autres langues locales (même si le chiyao et le chilomwe sont encore bien présents) et est devenu la langue de communication et langue officielle du pays, au contraire dans le nord, le chithumbuka reste la langue majoritaire et souvent unique. Le chithumbuka est également une langue bantou mais qui n'a pas plus de ressemblance avec le chichewa qu'avec le swahili de la Tanzanie voisine.

A mon regret, nous n'avons pas eu le temps de pousser l'incursion jusque l'extrême nord du pays (district de Karonga) où des mines d'uranium ont commencé à être exploitées en 2009. Cela aurait été intéressant de voir comment cela se passe au regard de la situation tristement célèbre du Niger.

Par contre nous avons eu la chance de parcourir le célèbre Nyika Plateau, massif montagneux au paysage inattendu. Il évoque en effet plus les alpages européens que l'image d'Épinal qu'on a habituellement de l'Afrique : des bosquets d'arbre se hérissent ça et là au milieu de prairies mamelonnées où la température descend au-dessous de 0°C en hiver (soit en juillet, je peux vous le confirmer !). Il est par conséquent saisissant d'y croiser les zèbres, nombreuses antilopes (Roan antilope, impalas…), oiseaux multicolores et même un ou deux léopards. Si l'entrée du parc est contrôlée par le gouvernement, sa gestion est léguée à une société privée aux pratiques discutables, tant par le prix des prestations (nous étions encore affamés après un repas à 25US$ !!) que du fait de la gestion environnementale douteuse (les agents du parc mette le feu aux prairies pour faire pousser de l'herbe verte afin que les touristes voient mieux les animaux…). Belle expérience néanmoins !

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